La sclérose en plaques touche majoritairement des adultes entre 25 et 35 ans, en pleine construction de leur parcours professionnel. Mesurer l’impact réel de cette maladie sur l’emploi suppose de distinguer ce qui relève des symptômes cliniques, de l’environnement de travail et des dispositifs d’accompagnement disponibles.
Taux d’emploi et sclérose en plaques : les données d’une enquête régionale
Une enquête menée en Alsace auprès de 207 patients atteints de SEP en âge de travailler a fourni des repères concrets. Le taux d’emploi relevé était de 67,6 %, un chiffre nettement inférieur au taux d’emploi de la population générale dans la même tranche d’âge.
| Indicateur | Patients SEP (enquête Alsace) | Population générale (ordre de grandeur) |
|---|---|---|
| Taux d’emploi | 67,6 % | Supérieur à 70 % |
| Âge moyen au diagnostic | 25-35 ans | Non applicable |
| Difficultés déclarées au travail | Majoritairement rapportées | Non comparable |
Ce qui ressort de ces données, c’est que près d’un tiers des patients en âge de travailler n’occupe pas d’emploi. Le décalage s’explique en partie par les symptômes fluctuants de la maladie, mais aussi par des freins liés à l’embauche et au maintien dans le poste.

Symptômes invisibles de la SEP et contraintes professionnelles
La fatigue chronique, les troubles cognitifs et les problèmes de sensibilité figurent parmi les symptômes les plus fréquemment rapportés par les patients en activité. Leur caractère invisible complique la relation avec l’employeur et les collègues.
Fatigue et troubles cognitifs au poste de travail
La fatigue liée à la SEP ne se compare pas à une fatigue ordinaire. Elle survient de manière imprévisible et peut rendre impossible la tenue d’un poste à temps plein sur une journée complète. Les troubles cognitifs (ralentissement du traitement de l’information, difficultés de concentration) affectent la productivité sans que rien ne soit visible de l’extérieur.
Ces symptômes génèrent un risque accru d’erreurs et d’accidents du travail, lié aux troubles de la vision, de l’équilibre ou de la coordination. Le document du CHU de Bordeaux consacré au travail et à la SEP souligne aussi l’impact des traitements sur la tolérance à l’effort.
Le handicap invisible comme frein à la reconnaissance
La notion de handicap invisible est centrale pour comprendre pourquoi la SEP reste sous-estimée dans le milieu professionnel. Beaucoup de patients hésitent à déclarer leur maladie par crainte d’être écartés d’un recrutement ou d’une promotion.
Le site MonParcoursHandicap rappelle que le handicap invisible concerne la majorité des travailleurs handicapés en France. Pour les jeunes atteints de SEP, ce décalage entre apparence et réalité des limitations crée un isolement professionnel difficile à gérer.
Reconnaissance RQTH et dispositifs de maintien dans l’emploi
La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) ouvre l’accès à plusieurs aménagements concrets. Tous ne sont pas connus des patients jeunes au moment du diagnostic.
- Aménagement du poste de travail : adaptation ergonomique, modification des horaires, télétravail partiel selon le type de poste
- Accompagnement par le médecin du travail et un référent handicap en entreprise, dont la présence est renforcée depuis la loi Plein emploi de décembre 2023
- Accès facilité à l’alternance et aux contrats d’insertion pour les 16-29 ans via les dispositifs portés par France Travail et Cap emploi
- Protection contre le licenciement lié au handicap, sous réserve que l’employeur ait été informé de la situation
La loi Plein emploi a modifié la gouvernance de l’insertion professionnelle des personnes handicapées en priorisant l’emploi en milieu ordinaire de travail. Pour les jeunes adultes diagnostiqués avec une SEP, cela se traduit par un meilleur maillage entre missions locales, CFA et structures spécialisées.

SEP et carrière : ce que les chiffres d’emploi ne montrent pas
Le taux d’emploi seul ne reflète pas la réalité vécue par les patients. Parmi ceux qui travaillent, une part significative déclare avoir renoncé à une évolution de carrière ou avoir accepté un poste en dessous de leur qualification.
L’enquête relayée par Roche indique que la SEP constitue un frein à l’évolution de carrière, pas seulement à l’embauche. Le manque d’information du grand public et des collègues sur la maladie contribue à maintenir les patients dans une forme de stagnation professionnelle.
À l’inverse, les entreprises qui mettent en place un accompagnement structuré (référent handicap, aménagement des objectifs, flexibilité horaire) constatent un meilleur maintien dans l’emploi. Les données nationales récentes montrent une amélioration lente mais documentée de la satisfaction de l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés en 2024 par rapport à 2023.
L’enjeu de l’information précoce après le diagnostic
Le moment du diagnostic est déterminant. Un patient de 28 ans qui apprend sa maladie sans être orienté vers un médecin du travail ou une structure d’accompagnement risque de prendre des décisions irréversibles (démission, refus de poste) par méconnaissance de ses droits.
Les centres de ressources et de compétences SEP, comme celui du CHU de Bordeaux, produisent des brochures dédiées au lien entre travail et sclérose en plaques. Leur diffusion reste inégale selon les régions.
La sclérose en plaques ne supprime pas la capacité de travailler, mais elle modifie durablement les conditions dans lesquelles un jeune adulte peut construire sa carrière. L’écart entre le taux d’emploi des patients et celui de la population générale rappelle que les dispositifs existants restent insuffisamment mobilisés, en particulier dans les premières années suivant le diagnostic.

