L’échelle de dépression de Hamilton (HDRS, HRSD ou HAM-D) quantifie la sévérité des symptômes dépressifs à partir d’un entretien clinique semi-structuré. Développée par Max Hamilton en 1960, elle existe en plusieurs versions dont les deux principales sont la HDRS-17 (17 items) et la HDRS-21 (21 items). Le choix entre ces deux versions n’est pas anodin : il conditionne le score obtenu, sa comparabilité avec la littérature scientifique et son utilité réelle en suivi thérapeutique.
Score total HDRS : pourquoi seuls les 17 premiers items comptent
La distinction la plus structurante entre HDRS-17 et HDRS-21 tient à la manière dont le score de sévérité est calculé. Seuls les 17 premiers items sont conçus pour produire un score total sommable. Les items 18 à 21 (variation diurne, déréalisation, symptômes paranoïaques, symptômes obsessionnels) sont des items descriptifs qui caractérisent le profil clinique sans entrer dans le calcul de gravité.
Additionner les 21 items pour obtenir un score global est une erreur méthodologique fréquente. Ce score élargi ne correspond à aucun seuil validé de sévérité et ne peut pas être comparé aux données des essais cliniques, qui reposent sur la somme des 17 items.
Les seuils d’interprétation standardisés s’appliquent donc exclusivement à la version 17 items :
- 0 à 7 : rémission, absence de dépression cliniquement significative
- 8 à 16 : dépression légère, justifiant une surveillance rapprochée
- 17 à 23 : dépression modérée, indication thérapeutique généralement retenue
- Score de 24 ou plus : dépression sévère nécessitant une prise en charge intensive
Le score maximal théorique de la HDRS-17 est de 52. Toute publication ou outil de cotation qui annonce un score maximal différent utilise probablement une autre version sans le préciser.

HDRS-17 comme critère principal des essais cliniques sur les antidépresseurs
Dans les protocoles récents d’essais cliniques de phase II et III sur les antidépresseurs, le critère principal d’efficacité (primary endpoint) est quasi systématiquement défini comme la variation du score total HDRS-17 par rapport à l’inclusion. Cette norme s’est consolidée ces dernières années et reste le standard en recherche pharmacologique.
Ce choix n’est pas arbitraire. La HDRS-17 offre un score reproductible, corrélé aux seuils de réponse (réduction d’au moins 50 % du score) et de rémission (score inférieur ou égal à 7). Les agences réglementaires et les comités de lecture exigent cette version pour valider l’efficacité d’une molécule.
Utiliser la HDRS-21 en pratique clinique courante n’empêche pas de coter les 17 premiers items séparément. L’intérêt de passer les 21 items réside dans l’information qualitative supplémentaire, pas dans un score de sévérité plus précis.
Items 18 à 21 de la HDRS-21 : apport clinique et limites
Les quatre items supplémentaires de la version 21 explorent des dimensions qui ne relèvent pas directement de l’intensité dépressive au sens strict.
- Item 18 (variation diurne des symptômes) : repère si la dépression est plus marquée le matin ou le soir, un indice utile pour orienter la chronothérapie
- Item 19 (déréalisation/dépersonnalisation) : identifie des symptômes dissociatifs parfois confondus avec de l’anxiété
- Item 20 (symptômes paranoïaques) : signale une composante persécutoire qui peut modifier la stratégie médicamenteuse
- Item 21 (symptômes obsessionnels et compulsifs) : distingue une comorbidité TOC éventuelle
Ces items enrichissent le tableau clinique sans modifier l’évaluation de la gravité. Un clinicien qui utilise la HDRS-21 doit garder à l’esprit que le score de sévérité reste celui des 17 premiers items, les quatre items restants servant uniquement de descripteurs.
Quand la HDRS-21 change réellement la prise en charge
La version 21 items se justifie lorsque le profil symptomatique est atypique ou complexe. Un patient présentant une variation diurne prononcée, des éléments de déréalisation ou des pensées paranoïaques bénéficiera d’une évaluation plus complète qui oriente les choix thérapeutiques au-delà du seul antidépresseur.
En revanche, pour un suivi de routine en médecine générale ou un dépistage standardisé, la HDRS-17 suffit. Elle est plus rapide à administrer et produit un score directement interprétable avec les seuils de référence.
Cotation Hamilton en pratique : formation et durée d’administration
L’administration de l’échelle de Hamilton, quelle que soit la version, repose sur un entretien semi-structuré conduit par un professionnel formé. La passation dure généralement entre 15 et 30 minutes selon l’expérience du clinicien et l’état du patient.
Une formation préalable est recommandée pour garantir la fidélité inter-évaluateurs. Deux cliniciens non formés peuvent coter différemment un même item, notamment l’item 1 (humeur dépressive) où la distinction entre les niveaux 2 et 3 repose sur l’observation comportementale autant que sur le discours du patient.
Fréquence de passation recommandée
En phase active de traitement, une cotation toutes les deux à quatre semaines permet de documenter la réponse thérapeutique. En phase de maintien, un rythme mensuel suffit. L’échelle ne remplace pas le jugement clinique : lorsque le score ne correspond pas à l’impression du praticien, il convient de reprendre l’entretien et de vérifier la cotation item par item.

HDRS-17 ou HDRS-21 : critères de choix selon le contexte
Le choix entre les deux versions dépend de l’objectif poursuivi. Pour un suivi thérapeutique aligné sur les données de la recherche, la HDRS-17 est la référence. Pour une évaluation clinique approfondie d’un tableau dépressif complexe, la HDRS-21 apporte des informations complémentaires sans alourdir excessivement la passation.
Dans tous les cas, le score de sévérité doit être calculé sur les 17 premiers items. Additionner les 21 items produit un chiffre sans référentiel validé, inutilisable pour comparer l’évolution d’un patient aux seuils publiés dans la littérature. Ce point technique, rarement explicité dans les outils de cotation en ligne, conditionne pourtant la fiabilité de toute l’évaluation.

